Uttvun 82, 

Sinyûr  2004

(Février  2004)

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تعزية1

 

 

Point de vue d’un amazighiste: Est-ce vraiment la faute à Mohamed Choukri?

Par: Hassan Banhakeia (Université d’Oujda)

Au milieu de la foule «savante» en fête, Mohamed Choukri partira seul et inconnu, et le cœur gelé, et l’esprit confondu. Ce sont les siens qui lui procurent une telle «reconnaissance», et il les connaissait fort bien. C’est pourquoi il était resté, de son vivant, bien seul et heureux, et d’une sagesse propre des mystiques.

Le voilà parti en silence, et des hommages «savants» se multiplient: ils veulent en faire un envol pompeux, muni d’un profit mondain… Des articles, des célébrations funèbres, des communications et d’autres mensonges résonnent fort bien pour dire combien cet écrivain manquait… sur la scène,  lui auquel la vente de ses livres s’était faite initiative propre d’un auteur misérable ou bien désarroi insoluble devant des censures moralisantes… Si maintenant l’auteur du Pain nu avait pu mesurer la sournoiserie des intellectuels marocains, il aurait désisté à apprendre l’alphabet arabe qui l’emmènerait à une telle opprobre.

Faut-il alors défendre Mohamed Choukri le jour de son hommage posthume, un samedi dans sa ville natale? Qu’a-t-il présenté pour les siens au moment de construire cette «identité destructrice» qui en  outre de ne pas se reconnaître dans aucun système, se construit propre?  Que dire alors quand l’hommage devient une insulte à la mémoire d’un écrivain? Vraiment, l’on a envie de vomir. Ou d’écrire… C’était bien l’hommage à Mohamed Choukri, célébré à Nador; l’orchestre était arrangé par le cercle de «Itihad Kutab Almaghrib», plus préoccupé par le coup publicitaire que par l’esprit ou la mémoire du défunt.  Ce cercle, qui ne garde que rancune mitigée ou amour «volage» envers l’amazighité, célèbre sérieusement la mort d’un écrivain arabophone, célébrant, haut et fort, dans cette œuvre la maîtrise et la création dans la langue d’Almutanabbi. 

Ce qui nous étonne, au fait, dans tout cela: Choukri est, tout d’un coup, reconnu comme écrivain marocain affilié corps et âme à l’ «Ittihad Kutab Almaghrib». Cela nous intrigue davantage: Comment quelqu’un qui de son vivant redoutait les institutions, pouvait-il accepter d’incarcérer sa Mémoire dans une enceinte «vide»? Lors de cet hommage, Choukri est également reconnu socialo-gauche «à la marocaine»! Il est «photographié» (pour ne pas dire vu) non seulement comme engagé et réaliste mais aussi comme «Itihadi», car il a pris des photos avec les leaders ittihadis, c’est pourquoi il devait partager leurs «idéaux» politiques !

C’est vrai, Choukri est l’écrivain le plus lu par les marocains, mais pas le plus vendu. Il l’avait toujours voulu ainsi. Qu’aurait-il dit en cet instant d’hommage? Qu’aurait-il fait? Pardon, qu’aurait-il écrit? Au moment de voir tant de ruées «intellectuelles» pour  reconnaître le confrère illégitime… Y avait, là-bas ou quelque part, un autre groupe d’intellectuels qui était resté fidèle à sa rancune, comme K. Boukhari, lui, qui est «bien pensant et rassurant» et ne marche pas «à l’instinct» (choses qu’il reproche au mort), et sermonne, en suivant les pas de son père, tant de choses à l’écrivain de son vivant: «Choukri dérangeait, il était une verrue, un champignon sauvage, sur le champ très propre de la bonne société marocaine» («Tel quel » n°102). Cela est aussi vrai, mais où est cette bonne société? Existe-t-il une bonne société et une autre mauvaise ? Si ce dénommé «Boukhari», tel qu’il est, et journaliste de «Tel quel», a placé haut la marque de l’opprobre et de l’insulte envers un écrivain dit «sans rien et sans famille», l’hommage au sein du Rif ce samedi-là, l’a placé encore plus haut… Vulgairement, l’hommage était «plus» pire que l’article écrit par le journaliste cité.

Ce samedi-là, ce qui me révolta lors de la matinée, ce fut: l’accueil qui était transcrit «accueil» pour dire combien on devait rester axés sur le seuil des choses. Pas un mot, la matinée, en tamazight (culture que célèbre Choukri en tuant / damnant le père, cela était répété à tort et à travers lors des communications incommunicantes), pas de salutations ou de formules… Vrai, il y avait de la poésie amazighe l’après-midi, pour transcrire la parole fuyante… d’un respect «chantant»… Et je vis Driss Khoury, peu préoccupé par l’hommage, disparaître longuement le matin pour des courses à Nador, cette boutique «intéressante», et l’après-midi entonner sa communication de toujours «faite déjà» quelque part, hommage-leitmotiv où le «purement autobiographiquement  personnel» importe plus que l’oraison funèbre… Dans tout cela, il y a eu plus présence évidente de Si Driss que de l’intellectuel défunt? Ah, cette leçon antique de l’histoire qui commence avec les pauvres Auraba!

Personne ne peut oublier Choukri. Il est là, surtout son œuvre. Aujourd’hui, elle pleure son auteur. Désormais, elle fera chemin, seule. Loin des critiques. Elle sera parole infinie. Hélas, les premiers à la faire parler ou à parler d’elle, nous ont déçus. Parmi eux, il y avait ceux qui prétendirent l’amitié: que cette affection soit offrande, mais pas profit!

Lors de cet hommage, on parla de tout, mais pas de Choukri. Sauf la communication structuraliste de Mohamed Aqudad, il était le seul à «rester» auprès de l’écrivain rifain. Les phrases-tirades «amazighes» que le chercheur chasse minutieusement dans la fiction, peuvent à elles seules représenter cette insurrection linguistique, sous forme de transgression, au sein d’un texte arabe souillé par les haillons «indigènes». Ce sont des passages «siba» que l’écrivain, malgré les propositions juteuses de quelques éditeurs «arabistes» de les «exterminer» ou de les «expurger» du texte pour une possible édition de luxe, voulut bien les garder (ou les préserver). Là, le fils des Ayt Chichar est resté fidèle à ses origines. Ce sont là, justement, des phrases-explosions, des tirades authentiques, celles qui pouvaient l’interpeller continûment dans le silence total, quand l’écrivain se retirait seul, tête à tête avec son œuvre, fondus dans un même corps blessé.

De tout cet hommage, il faut dire enfin: Dommage, le regard de quelqu’un de cher qui a naguère été parmi nous et qui souffrait infiniment, ne mérite pas un tel «dés-hommage»! Le propre, faut le dire, se trouve bafoué! D’ailleurs, si c’est Patrick Kéchichian, peu informé de l’œuvre de Choukri, qui s’empresse d’écrire «quelque chose» au lendemain de cette disparition, que fait l’authentique employé marocain du journal «Le Monde», celui qui traduisit commercialement le best-seller Le pain nu (version française)? L’authenticité des intellectuels marocains, c’est de planter l’altération sur le propre et de produire la folklorisation du corps (non propre)... quand il est question de l’héritage amazigh.

Certes, du sacré Choukri en fait des tranches «à la Bunawass» où le «crû» l’emporte fort bien sur le «cuit», l’insensé sur le sensé, le conforme sur l’inconforme, l’artificiel sur le naturel.  L’écrivain rifain demeure comme la mesure juste entre la démesure et l’écart. Il créa ainsi, il put créer non pas le vulgaire, mais le raffiné. Son écriture n’offre point des leçons «à imiter» ou à «apprendre par cœur», mais une expérience unique. Possible de la rattacher à une autre œuvre d’un autre feu célèbre inconnu: Mohamed Khaïr-Eddine.

Ainsi, rappelons que les communications tournaient toutes autour du «Pain nu» comme si Choukri était auteur d’un seul texte. Pour eux, le fictif et le vécu portaient la même âme, le concret et le symbolique s’immisçaient dans un seul corps. Avant d’être la narration d’une enfance / adolescence où la misère et la marginalisation sociale à Tanger,  cette autobiographie «romancée» est une vision du monde. Simple et crue pour ne pas dire profonde et complexe. Cette vision a un style propre: elle illumine non seulement le passage décrit mais également file à travers les strates en quête des secrets et des énigmes qui font la vie de Mohamed, personnage typiquement picaresque. Ce périple de Nador vers Tanger est un voyage de la mort vers la vie. Constatation ancienne (des années 30) est un fait vrai et réel (toujours). A ce propos, personne n’a osé, lors de cet hommage à Nador, poser cette question, et Choukri l’a fait indirectement (et au lecteur-critique d’expliciter): Si à Tanger-la vie il y avait tant de misère, qu’était-il du Rif oriental-la mort?

Curieusement le premier Choukri est resté le dernier Choukri. Un et unique. Les communications voulaient en créer un autre, fait d’autres pièces. Chose vraie, les communications montraient nettement que les intervenants n’avaient lu ni connu Choukri que comme créateur du «macabre» et du «vicieux». Triste pour des critiques critiques! Le macabre, ils le savent déjà, il ne faut pas le chanter, mais surtout le déconstruire pour faire honneur à l’écrivain subversif…

Choukri est parti un samedi, pour commencer tôt un repos éternel, loin de ceux qui ne lui nourrissaient pas d’éphémères jalousies, mais de la pure négation. Il était là sans jamais prendre de l’espace car il était outre ces calculs «locaux», lancé qu’il était dans l’universel. Seulement, Choukri va demeurer pour nous, un écrivain nu: il a dit tout ce que son cœur récitait et son esprit construisait…

Messieurs, si Choukri haïssait son père, ce n’était qu’un élément de fiction où la révolte contre l’Ordre, le Vrai et le Bon étaient investis d’une esthétique renouvelante. Cette haine (se confondant chez l’auteur avec la haine de soi)  n’est pas une révolte contre les origines, mais une rupture avec l’établi et le reconnu. Face à cet établi esthétique arabe (moderne), il opte pour l’écriture authentique, celle qui s’enroule comme un processus compensatoire…

Enfin, Choukri n’est pas arrivé tôt, mais très tôt. Il est de ce groupe qu’on nomme «intellectuels spécifiques» des années 60 en Europe. Et à cette décennie, au Maghreb, il faut des siècles pour y arriver!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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